Moins connue que l’hypoglycémie, l’acidocétose est pourtant un plus grand danger pour le chat diabétique – en partie parce qu’on le prend moins au sérieux.
Assurez la survie de votre chat en vous familiarisant avec !
L’acidocétose peut évoluer rapidement et nécessite une prise en charge urgente.
Signaux d’alerte :
- chat qui perd l’appétit, vomit (en l’absence de soupçon d’hypoglycémie)
- bandelette urinaire qui montre plus que des traces de cétones
- cétonémie (dans le sang) supérieure à 0,6 mmol/L
Ne pas sauter l’injection, ni baisser la dose dans ces cas de figure ! Ne pas laisser le chat jeûner !
Appelez votre vétérinaire ou demandez de l’aide : On s'entraide
Vidéo d’explications sur l’acidocétose et les tests de cétones (début à 2 minutes).
Témoignage d’acidocétose : Il y a un an jour pour jour que je t’ai vu mourir.
C’est quoi ces cétones?
Quand un chat diabétique manque d’insuline, son organisme ne peut plus utiliser correctement le glucose (qui est le carburant pour ses cellules et tout son organisme).
il utilise alors les graisses comme source d’énergie (le chat maigrit)
l’utilisation des graisses produit des « déchets » : les fameuses « cétones » (ou corps cétoniques)
Normalement éliminées par les urines, ces cétones peuvent s’accumuler dans le sang s’il y en a trop. C’est là que les problèmes commencent…
Problèmes majeurs :
- trop de cétones = rend le sang acide
- apparition d’un cercle vicieux (insulinorésistance accrue)
- aggravation rapide possible en quelques heures
Les cétones ne disparaissent pas seules, il faut agir vite !
Acidocétose : quand ça devient grave
L’acidocétose correspond à l’accumulation massive de cétones qui finit par :
créer un déséquilibre global du métabolisme
atteindre plusieurs organes (foie, reins, poumons,…)
évoluer possiblement vers un coma (on parle de « coma diabétique ») et décès
Signes fréquents
- perte d’appétit (nausées)
- vomissements
- grande fatigue / abattement
- forte déshydratation
- haleine fruitée ou qui sent le dissolvant pour vernis à ongles
On peut aussi se retrouver avec un œdème cérébral.
Vous l’aurez compris, c’est une situation très grave, et ça peut aller très vite (quelques heures, quelques jours au maximum).
Une acidocétose nécessite des soins intensifs en milieu hospitalier, sur plusieurs jours, ce qui coûte vite extrêmement cher – sans compter que le chat risque de ne pas s’en tirer.
Dans la communauté DF, nous observons que les décès liés à l’acidocétose sont malheureusement plus fréquents que ceux liés à l’hypoglycémie.
Qu’est-ce qui déclenche les cétones ?
Les cétones sont dues à un manque d’insuline aggravé par un facteur supplémentaire :
- une infection
- stress/traumatisme
- jeûne
- arrêt brutal de l’insuline
C’est pour cette raison que nous prenons avec des pincettes le conseil courant de ne pas injecter la dose d’insuline si le chat ne mange pas.
En effet, s’il ne mange pas parce qu’il commence à développer des cétones, sauter l’injection va empirer la situation.
Encore une situation dans laquelle un un bon suivi à domicile avec contrôle quotidien de glycémie va vous sauver la mise, car vous saurez si vous pouvez injecter ou non malgré un repas sauté.
Une fois qu’un chat a eu des cétones, les chances qu’il en refasse sont plus grandes. Un chat ayant fait une acidocétose a 30% de chances de rechuter.
Vidéo : Mon chat ne mange pas, j’injecte ?
Comment dépister les cétones ?
Un bon dosage de l’insuline va aider à diminuer le risque de cétones.
Mais que l’on contrôle ou non la glycémie à la maison, le moyen le plus sûr de s’en prémunir est de vérifier régulièrement dans l’urine ou le sang l’absence de cétones.
Deux types d’outils permettent de contrôler les cétones:
- Dans les urines : les bandelettes urinaires
- Dans le sang : les glucomètres capables de mesurer la cétonémie
| Critère | Bandelettes urinaires | Glucomètre cétones |
|---|---|---|
| Intérêt principal | Dépistage de base | Surveillance rapprochée / prévention |
| Facilité d’utilisation | ||
| Coût | ||
| Détection | ||
| Fiabilité | ||
| Confort | ||
| Sensibilité aux débuts de cétonémie |
On peut bien évidemment les utiliser en complément l’un de l’autre. La solution la plus « light » est les bandelettes urinaires.
Si votre chat a déjà fait une acidocétose ou des cétones, nous vous encourageons vivement à avoir également un glucomètre pouvant mesurer la cétonémie, car vous allez vouloir surveiller ça de très près (30% de récidive).
En effet, les bandelettes urinaires ne détectent pas toutes les cétones. Plus précisément, elles ne détectent pas encore la « première » molécule produite quand il commence à y avoir des cétones, alors qu’on le verrait déjà dans le sang. Il peut aussi y avoir des faux négatifs.
Où acheter :
Bandelettes urinaires (détection des cétones)
Choisir un glucomètre pour son chat diabétique
Dans le groupe nous utilisons deux types de glucomètres capables de mesurer également la cétonémie : le FreeStyle Optium Neo et le lecteur FreeStyle Libre.
En effet, en plus de scanner les capteurs de glycémie FreeStyle Libre si votre chat en porte, le lecteur fait aussi glucomètre et lecteur de cétones. Du trois-en-un!!
Nouveau : moins cher, le On Call GK Dual testé par Cécile
Pour plus d’informations, consulter le comparatif des glucomètres.
Si votre chat a déjà fait une acidocétose ou des cétones, nous vous conseillons vivement de prendre un de ces glucomètres.
A quelle fréquence dépister les cétones ?
Chat sous Senvelgo :
-
Tous les jours, les 15 premiers jours.
-
Ensuite, une fois par semaine.
-
A chaque changement de comportement du chat (léthargie, baisse ou absence d’appétit, vomissements, déshydratation, fièvre, etc.).
Il est important de continuer à tester dans la durée, car il est arrivé que des chats développent une acidocétose plusieurs mois après le début du traitement.
On conseille fortement l’utilisation du glucomètre pour le test cétones d’un chat sous Senvelgo, car certaines peuvent etre présentes, mais passent inaperçues dans l’urine.
Chat sous insuline :
-
début d’insulinothérapie : au moins 2-3 fois par semaine.
-
si valeurs hautes persistantes (au-dessus du seuil rénal, si le chat ne descend pas trop sous 250 mg/dL) : plusieurs contrôles par semaine.
-
si votre chat est mal (perte d’appétit, vomit, ne mange pas…) : faire un contrôle de cétones immédiatement
-
si votre chat a eu des cétones récemment ou vient de rentrer d’hospitalisation pour acidocétose : contrôlez tous les jours au début (30% de récidive).
-
si votre chat est relativement bien régulé : vous pouvez passer à une fois par semaine.
-
si votre chat est en permanence sous 200-250, il n’y a a priori plus besoin de contrôler les cétones !
Résultat « normal »: 0 dans les urines; sous 0,5-0,6 mmol/l dans le sang.
Et si le chat fait des cétones, ou pire, une acidocétose, que faire ?
S’il y a des cétones : le chat a besoin d’insuline et de calories.
Ne surtout pas sauter d’injection dans ce cas !
Gaver le chat si nécessaire :
- avec du nutri-plus gel
- et de pâtée reconstitutive a/d
Précieux à avoir dans le Kit de (sur)vie pour chat diabétique, pour ce genre de cas de figure (aussi utile en cas d’hypoglycémie).
Un chat qui présente plus que des traces de cétones au contrôle urinaire devrait être hospitalisé au plus vite, mis sous perf, glucose et insuline. Risque vital !
Un chat qui produit des cétones peut dégringoler en quelques jours, voire quelques heures.
Guide pour interprêter les données relevées :
| Bandelette urinaire | Cétonémie (sang) mmol/L | Action |
|---|---|---|
| - négatif | < 0.6 | Valeur normale : continuer la surveillance |
| Traces (+) | 0.6 – 1.5 | |
| Faible | 1.5 – 2.5 | |
| Moyen ou + | > 2.5 + |
Tableau adapté à partir de celui-ci et des résultats de cette étude.
En cas de cétones + symptômes cliniques (abattement, perte d’appétit, vomissements) :
se rendre sans tarder dans un centre hospitalier 24/24 capable d’assurer des soins intensifs pour prise en charge avec insuline rapide par voie intraveineuse.
Il n’est pas certain que le cabinet vétérinaire de garde de votre région soit équipé pour la prise en charge de ce genre d’urgence. De nombreux vétérinaires ne sont malheureusement pas en mesure de gérer cette urgence médicale très pointue.
S’il n’est pas possible d’hospitaliser le chat :
-
augmenter l’insuline agressivement, voire utiliser une insuline rapide en combinaison avec l’insuline habituelle (il est plus dangereux de risquer une acidocétose qu’une hypoglycémie que l’on peut contrôler ; rappelez-vous, plus de chats meurent d’acidocétose que d’hypoglycémie)
-
gaver le chat (il doit manger coûte que coûte ; si vous avez de la nourriture plus riche en glucides que son habituelle, utilisez-là – ou bien Nutri-plus gel)
-
contrôler la glycémie de près pour vérifier qu’elle descende bien
-
si le chat descend dans des valeurs basses, c’est bien (pour la lutte contre les cétones), mais assurer une surveillance rapprochée et ne pas hésiter à nourrir (gaver) le chat pour prévenir tout risque d’ hypoglycémie clinique.
Un cas de gestion de cétose à domicile réussie : Puff.
Il est possible que votre chat ait une infection urinaire, dentaire, ou autre. Faites-le dans tous les cas examiner par le vétérinaire pour le mettre sous antibiotiques s’il y a lieu.
Si votre chat est hospitalisé
Si votre chat est hospitalisé car il présente des cétones ou est en acidocétose, il vaut la peine de suivre l’affaire de près.
La prise en charge est variable d’un cabinet à l’autre et pas toujours suffisante.
Veillez aux points suivants (et n’hésitez pas à demander des informations précises sur ce qui est fait, les valeurs mesurées, les doses données) :
-
le chat doit être sous perfusion
-
il doit manger, ou être gavé/nourri par sonde s’il refuse de s’alimenter, ou au minimum avoir du glucose dans sa perf – demandez à savoir combien il mange et quoi
-
il doit recevoir de l’insuline, et probablement plus d’insuline que ce qu’il recevait jusque-là (dose insuffisante menant à la production de cétones) – demandez les doses données
-
la glycémie doit baisser – demandez les valeurs mesurées (profiter de l’hospitalisation pour poser un capteur FSL est une excellente idée)
-
on veut savoir s’il reste des cétones : souvent ceci n’est pas contrôlé ; les cétones peuvent se mesurer facilement dans le sang avec un glucomètre et des électrodes spéciales (voir plus haut dans ce document)
si le cabinet ne fait pas cette mesure, procurez-vous un glucomètre et des électrodes et faites la mesure vous-même quand vous rendez visite à votre chat -
n’hésitez pas à imprimer et prendre avec vous le Protocole DAC (actrapid) Alfort (école vétérinaire)
-
l’équipe d’administration du groupe est à disposition de votre vétérinaire s’il le souhaite, nous avons déjà soutenu plusieurs vétérinaires avec succès dans cette prise en charge délicate
Publiez dans On s'entraide ces informations pour qu’on puisse vous soutenir et vous conseiller.
Voici aussi le fichier sur l’hospitalisation.
Pour en savoir plus :
Quelques liens concernant l’acidocétose diabétique chez l’humain, et les cétones chez le chat.
-
Manuel MSD sur l’acidocétose diabétique (manuel médical)
-
Acidocétose diabétique: définition, symptômes, traitement (Sciences et Avenir, assez accessible)
-
Un autre texte accessible sur l’acidocétose diabétique (Ressources Santé Canada)
-
Wikipedia : acidocétose diabétique et corps cétoniques
-
Diabète et hypoglycémie, acidocétose, Somogyi et syndrome osmolaire (synthèse vétérinaire)
-
Les corps cétoniques chez le chien et le chat en pratique (La dépêche vétérinaire mars 2023)
-
Management of Feline Diabetic Ketoacidosis (Galloway, 2013)
-
Point-of-care β-hydroxybutyrate measurement for théorie e diagnosis of feline diabetic ketoacidaemia (Zeugswetter & Rebuzzi 2012)
-
Protocole DAC (actrapid) Alfort (extrait thèse Pereira 2017)
-
Acidocétose diabétique : physiopathologie, étiologie, diagnostic, traitement (Sorbonne, humaine)
-
DAC: Gestion thérapeutique chez un jeune chat (cas clinique L’essentiel vet, 2017)




