Glycémie à domicile : utile ou superflu?

A noter :


Pourquoi ce projet d’entraide DF existe ?

Ce projet d’entraide diabète félin est né principalement pour accompagner les personnes qui mesurent la glycémie de leur chat à domicile, afin de mieux réguler le diabète.

  • Pourtant, beaucoup de chats diabétiques ne sont jamais contrôlés à la maison, parfois pendant des années.
  • Et certains vétérinaires ne recommandent pas toujours ce suivi à domicile, voire le découragent.

:right_arrow: Ce constat engendre des questions légitimes :
Est-ce vraiment utile de tester la glycémie du chat à domicile ?
Ou
Est-ce qu’on se complique la vie (et celle du chat) pour rien ?


Deux approches possibles

Il existe deux façons de gérer le diabète félin :

1. Sans suivi de glycémie à domicile
2. Avec suivi de glycémie à domicile

Les deux sont possibles, mais elles impliquent :

  • des objectifs différents
  • des contraintes différentes
  • des résultats différents

:right_arrow: c’est bien d’avoir les éléments en main pour faire un choix informé et qui nous convienne – tant à nous qu’au chat.

Ici, il est clair que nous privilégions le suivi de glycémie à domicile et que nous encourageons tous nos membres à le faire !


Ne pas contrôler la glycémie moi-même ?

:check_mark: Les avantages

  • moins contraignant
  • pas de manipulation supplémentaire (on injecte « simplement » l’insuline 2x par jour et basta ; on délègue les prises de glycémie au véto)
  • pas de stress lié à la vue du sang ou aux tests

:right_arrow: Faire les contrôles de glycémie peut aussi rebuter initialement car on a l’impression de faire souffrir le chat (je précise que ce n’est pas le cas) et que c’est un acte médical avec lequel on ne se sent pas forcément à l’aise. Et il y a du sang. Et le chat ne se laisse pas forcément faire, et on craint de détériorer notre relation avec lui.

Ne pas contrôler la glycémie à domicile permet de ne pas s’infliger tout ça, et sachant comme ça peut être stressant d’avoir un animal malade et de devoir déjà faire des piqûres, c’est un point positif à ne pas balayer à la légère.

:red_exclamation_mark: Les limites

Suivi uniquement chez le vétérinaire :

  • courbes de glycémie ponctuelles (assez régulièrement au début, puis plus occasionnellement)
  • chat stressé → résultats faussés
  • coût plus élevé (journée d’hospitalisation, déplacements)

Et la régulation du diabète dans tout ça ?

:double_exclamation_mark: L’élément le plus important de la méthode « sans suivi à domicile », c’est la qualité de la régulation du diabète que l’on peut se permettre de viser.

:right_arrow: « Réguler » le diabète, c’est essayer de ramener les valeurs de glycémie du chat dans des valeurs « moins diabétiques » (notez bien que je n’ai pas dit « normales »).

Si on observe au cours de la journée, la glycémie va varier comme suit :

  1. Elle est initialement haute avant l’injection,
  2. on fait l’injection,
  3. l’insuline commence à agir et la glycémie descend,
  4. puis elle remonte, l’insuline étant épuisée.
  5. Et on recommence. C’est la fameuse « courbe ».

La glycémie d’un chat diabétique, elle fait inévitablement un peu le yoyo – contrairement à la glycémie d’un chat non diabétique, qui reste stable plus ou moins peu importe ce qu’il fait ou mange.

:right_arrow: On cherche à avoir des valeurs de glycémie dans l’ensemble assez basses pour éviter de trop :

  • endommager les organes - entre autres les reins
  • diminuer la souffrance cellulaire[1]
  • et surtout éviter l’acidocétose, soit la production de corps cétoniques qui finira par causer la mort du chat.

Mais on veut aussi des valeurs assez hautes pour éviter :

  • tout risque [d’hypoglycémie] qui tue aussi, et rapidement.

Comme l’hypoglycémie tue vite et que l’hyperglycémie tue plus lentement, à tout prendre, on préférera une régulation de glycémie un peu trop haute à une régulation un peu trop basse.

Comment le vétérinaire ajuste la dose (sans suivi à domicile) ?

Quand on ne fait pas de suivi à la maison, le vétérinaire doit prendre une décision à partir d’une courbe réalisée sur une courte période (souvent une demi-journée).
:right_arrow: C’est très peu de temps pour comprendre complètement comment le diabète du chat fonctionne au quotidien.

Sur la base d’une seule demi-journée d’observation pour faire une courbe (parfois un peu plus), le vétérinaire va donc devoir évaluer si la dose donnée est bonne, trop faible, ou trop forte.

A retenir :
Chaque chat est différent. Il n’existe pas de règle simple du type : « tel taux de glycémie = telle dose d’insuline »
Les besoins peuvent être très différents :

  • certains chats : 0,5 UI
  • d’autres : 5 UI
  • d’autres encore : beaucoup plus

:right_arrow: C’est du sur-mesure, et une demi-journée ne suffit pas toujours pour bien ajuster.

Regarde aussi l’aventure d’Herminie (LIEN A MODIFIER - Facebook) , chat du groupe souffrant d’acromégalie.

Pourquoi le vétérinaire reste prudent ?

Le vétérinaire va volontairement viser une régulation « prudente ».

:right_arrow: Pourquoi ?

Parce que :

  • une hypoglycémie peut être brutale → Le vétérinaire ne veut pas recevoir un coup de fil un matin parce que vous vous êtes réveillé.e pour trouver votre chat dans le coma, ou pire.
  • alors qu’une glycémie plus haute est moins dangereuse à court terme

En bref : il vise exprès une régulation « pas trop trop bonne » pour surtout éviter le risque d’hypoglycémie.

Une marge de sécurité importante

Pour éviter tout risque d’hypoglycémie, il va donc souvent :

  • garder une bonne marge au-dessus des valeurs basses
  • d’autant plus que :
    • le chat est stressé chez le vétérinaire → glycémie plus élevée
    • les besoins en insuline varient d’un jour à l’autre

:right_arrow: Résultat : la dose conseillée par le vétérinaire sur la base de cette courbe unique peut être surestimée ou approximative. Il préfère donc rester du côté « sécuritaire ».

Concrètement, ça donne quoi ? Le vétérinaire va souvent viser une glycémie minimale autour de 150mg/dl (8,3 mmol/l).
Mais la plupart du temps, les vétérinaires vont simplement viser une diminution des symptômes visibles du diabète : soif et faim excessives, plantigradie, perte de poids.

A comparer :
Une glycémie « normale » se situe autour de 80 à 120 mg/dl (4.4 à 6.7 mmol/l).

L’objectif « prudence » du vétérinaire, c’est de vous dire de viser 150 mg/dl (8,3 mmol/l)
Donc :

  • c’est acceptable…
  • mais ça reste au-dessus de la « normale » → on arrive dans des valeurs qu’on pourrait considérer « pré-diabétiques ».

Conséquences possibles de ce type de suivi (courbe chez vétérinaire) :

Vous l’avez compris, avec ce type de suivi on vise volontairement une glycémie « pas trop basse »,
même si cela veut dire qu’elle reste un peu trop élevée.

:right_arrow: Comme l’insuline fait baisser puis remonter la glycémie : le chat va passer une bonne partie de la journée avec une glycémie élevée…

Cela comporte plusieurs risques pour le chat :

  • dégâts aux organes (rein) si la régulation n’est pas assez bonne (long terme)

  • acidocétose (moyen terme)

  • chance plus faible de rémission (la probabilité de celle-ci étant directement liée au temps que le chat va passer dans des valeurs « normales » et où son pancréas pourra vraiment récupérer)

  • hypoglycémie non détectée : si les besoins d’insuline diminuent, ou s’il décide d’entrer en rémission (ça arrive !), le chat va nécessairement faire une hypoglycémie pour qu’on s’en rende compte. Si cette hypoglycémie n’est pas fatale et ne laisse pas de séquelles, on a de la chance. Mais une hypoglycémie peut être fatale et laisser des séquelles (il suffit d’une fois). C’est donc un risque qu’on prend côté sécurité.

Exemples : Nam-kha, Couki, Dagobah (LIEN A MODIFIER - Facebook) … qui ont eu de la chance. D’autres en ont eu moins. Même après des années, un diabète peut entrer en rémission.

:right_arrow: Alternatives : faire un suivi « léger »

Tests urinaires

Ces risques peuvent être attenués en pratiquant des contrôles urinaires.

Les bandelettes urinaires ne coûtent pas cher et permettent d’avoir une estimation de la quantité de glucose dans les urines, ainsi que de la présence ou non de corps cétoniques..

:right_arrow: En faisant des contrôles réguliers, on peut voir si le chat est :

  • de façon constante au-dessus du seuil rénal → s’il y a toujours du glucose dans ses urines, il a peut-être besoin de plus d’insuline
  • de façon constante au-dessous du seuil rénal → s’il n’y a quasi jamais de glucose dans ses urines, la dose peut être trop forte : risque d’hypoglycémie.

Ces données peuvent servir de base pour effectuer une courbe de glycémie afin d’ajuster le dosage.

La détection précoce de traces de corps cétoniques permet également de repérer une dose d’insuline trop faible et d’intervenir proactivement avant de se retrouver avec une acidocétose.

Observations cliniques

On peut aussi observer la prise d’eau du chat pour se faire une idée de sa régulation :

  • s’il boit beaucoup, la régulation est mauvaise.
  • s’il boit moins, elle est meilleure.

Idem avec la prise de nourriture :

  • un chat mal régulé mange comme un affamé (car ses cellules sont en train de mourir de faim)
  • avec une meilleure régulation, son appétit se normalise, voire baisse dans un premier temps.

La prise de poids est aussi un bon indicateur :

  • un chat mal régulé perd du poids
  • un chat mieux régulé en reprend.

Cette surveillance implique certes quelques contraintes mais elle est moins invasive et moins « médicale » que les contrôles sanguins.

:double_exclamation_mark: Cela reste toutefois une méthode approximative et il est délicat de se baser uniquement sur elle pour ajuster la dose d’insuline.

Pour les chats « difficiles », peureux ou peu coopératifs, on doit parfois se contenter de ce type de suivi. Le Medical Training (habituation aux soins) est un outil puissant mais il peut demander un gros investissement pour arriver à un résultat si le chat est très réticent à la manipulation au départ. Ça vaut pourtant la peine d’essayer !

Vidéo: Que faire si je n’arrive pas (encore?) à faire les tests de glycémie? (LIEN A MODIFIER - Video Facebook)


Contrôler la glycémie sanguine à domicile

Cela peut impressionner au début. Il est important d’utiliser toujours le même glucomètre, car tous ont une certaine marge d’erreur.

:red_exclamation_mark: Les contraintes

Et en regardant certains tableaux, on pourrait craindre de se retrouver à mesurer la glycémie chaque jour et chaque nuit presque en continu, surveillant scrupuleusement chaque variation de glycémie.

Et si on travaille ? : Je travaille toute la journée : comment faire pour les mesures de glycémie ? (Q. 20)
Et si on fait autre chose dans la vie que veiller son chat ? : Comment faire pour s’absenter ou partir en vacances ? (Q. 21)
Faut-il vraiment faire autant de mesures ? : Combien de mesures de glycémie dois-je raisonnablement faire à mon chat ? (Q. 9)

Note : les personnes qui font le suivi à domicile le plus intensif sont aussi souvent celles qui publient le plus, et qui sont les plus visibles. Il y a plein de personnes qui font un suivi moins intensif, et qui sont moins visibles : Les différents types de suivi du diabète félin

Et que va dire mon véto ?

Autre désagrément, si ça se trouve : aller à l’encontre des instructions du vétérinaire ou mettre en doute son professionnalisme.

Si on contrôle soi-même la glycémie, est-ce que ce n’est pas une façon un peu prétentieuse de vouloir « être véto à la place du véto », ou de ne pas lui faire confiance?

Bon à savoir : de nombreux vétos savent qu’on a un meilleur traitement du diabète avec la surveillance à domicile, mais ils ont renoncé à le proposer car les gardiens de chat réagissent souvent mal, prenant peur devant la lourdeur du traitement et même demandant l’euthanasie… de quoi traumatiser les vétos!

:cinema: pourquoi groupe et vétérinaire disent parfois des choses différentes

:check_mark: Les avantages majeurs du suivi à domicile

  • Moins cher → pas besoin de payer le vétérinaire pour faire les courbes : Budget indicatif d’un chat diabétique

  • Moins stressant pour le chat :

    • qui reste à la maison en compagnie de ses humains préférés (et non pas enfermé dans une cage toute la journée avec des gens qu’il ne connaît pas qui viennent lui triturer les oreilles toutes les heures)
  • Plus précis :

    • Données réelles (pas faussées par le stress) : le dosage d’insuline est basé sur une courbe qui a été effectuée sur le chat chez lui, « dans son état de stress habituel » (et pas dans son état de stress chez le véto) → donc moins de risque de surdosage
  • Sécurité renforcée :

    • avoir un glucomètre à portée de main peut permettre de repérer tôt une hypoglycémie : en cas de doute ou de comportement bizarre → hop une mesure, et si c’est une valeur inquiétante, on peut agir avant d’avoir un chat dans le coma.

Objectifs majeurs

Une meilleure régulation :

Toutefois, pour les personnes qui contrôlent régulièrement la glycémie à domicile, la motivation principale est de pouvoir obtenir une meilleure régulation (LIEN A MODIFIER - Facebook) que ce qu’il est possible de viser avec des injections « à l’aveugle » (sans mesure préalable et sans surveillance).
En effet, l’introduction de la surveillance régulière de la glycémie à domicile permet de viser des valeurs de glycémie plus basses que le fameux 150 mg/dl (8.3 mmol/l) mentionné plus haut – justement parce que l’on surveille.

Avec la bonne insuline et la surveillance adéquate, on va même pouvoir faire en sorte qu’un chat reste en permanence sous ce seuil – et donc qu’il soit régulé dans des valeurs « non diabétiques », et pas juste « moins diabétiques ».

C’est comme ça qu’on arrive à des taux de rémission frisant les 85% avec certains protocoles et certaines insulines !
:right_arrow: protocole de régulation stricte sous Lantus/Levemir.

Et surtout, la rémission

Donc au-delà d’une meilleure régulation, la surveillance à domicile de la glycémie permet de viser activement la rémission (LIEN A MODIFIER - Facebook) .

Et la rémission, ça veut dire ne plus donner d’insuline !

On est donc prêt à s’infliger des « contraintes » (mesurer quotidiennement la glycémie, parfois veiller…) parce qu’on sait que la rémission est un objectif réaliste.

A noter :
La rémission reste possible avec toute insuline.
Mais plus la régulation de la glycémie est pointue, dans des valeurs « non diabétiques », plus sa probabilité augmente.
Les insulines qui permettent ce genre de régulation ou s’en rapprochent vont donc donner de meilleurs taux de rémission.
Puisque le suivi de la glycémie à domicile permet une meilleure régulation, quelle que soit l’insuline, on a aussi une meilleure chance de rémission.
Et une meilleure régulation, en elle-même, n’est que bénéfique pour le chat, tant pour ce qui est de son espérance de vie que de la qualité de celle-ci.


En résumé

Comparatif des approches

Sans suivi à domicile Avec suivi à domicile
Simplicité :check_mark: Plus simple (le vétérinaire gère sur une demi-journée) :red_exclamation_mark: Demande un apprentissage (technique, organisation)
Contraintes :red_exclamation_mark: Hospitalisations régulières + trajet :check_mark: À la maison, pas d’hospitalisation
Stress pour le chat :red_exclamation_mark: Stress → résultats faussés :check_mark: Moins de stress → résultats plus fiables
Coût :red_exclamation_mark: Plus cher :check_mark: Moins coûteux à long terme
Précision :red_exclamation_mark: Données limitées :check_mark: Suivi plus précis
Sécurité :red_exclamation_mark: Risques plus élevés (hypo et hyperglycémie) :check_mark: Meilleure sécurité globale
Régulation :red_exclamation_mark: Moins bonne régulation :check_mark: Meilleure régulation
Rémission :red_exclamation_mark: Moins de chances :check_mark: Meilleures chances

Les deux approches sont possibles.

Notre communauté DF privilégie le suivi à domicile car il permet :

  • Une meilleure régulation
  • plus de sécurité
  • et une réelle chance de rémission…

:right_arrow: Chacun avance à son rythme et vous serez accompagné quelque soit votre choix (mesures à domicile ou non) – tout en sachant que le soutien que nous pouvons apporter sans surveillance à domicile est assez limité : On s'entraide

Ressources utiles :


  1. Permettre aux cellules d’utiliser assez de glucose pour ne pas dépérir ↩︎