Histoire racontée par Stephanie (2020)
Chat Puff, 11 ans, diagnostiqué fin janvier 2020. Sous Lantus mais sans suivi à domicile au départ, il a enchaîné les hospitalisations (acidocétoses à répétition).
Lors de la troisième hospitalisation, le propriétaire de Puff prend les devants pour s’équiper et s’informer afin de parer à une quatrième hospitalisation. Entre la deuxième et la troisième hospitalisation, Puff est en effet resté à domicile seulement 3 jours avant de faire une nouvelle acidocétose.
Puff est rentré de sa troisième hospitalisation avec des valeurs de glycémie satisfaisantes sur le moment, mais s’est à nouveau retrouvé en cétose 3 jours après son retour à la maison. La cétose a pu être gérée sans hospitalisation et Puff est en voie de stabilisation dans des valeurs euglycémiques 5 jours plus tard.
Gestion de la cétose
En à peine plus de 12 h, le taux de cétones dans le sang est passé de 0,3 à 6,7 mmol/L, après une nuit dans des valeurs > 500 mg/dL (5 g/L, 28 mmol/L). L’injection de Lantus (6 UI) avait eu lieu 4-5 h auparavant, avec une dose augmentée de façon assez agressive au vu de la glycémie des jours précédents. Puff était apathique et anorexique, visiblement faible et mal.
Une injection de 5 UI de Caninsulin a été faite à ce moment-là (13h30). Gavage à l’a/d hill’s (20 mL sur l’après-midi). Réhydratation sous-cutanée (85 mL en cours d’après-midi). Métoclopramide en fin d’après-midi. Puff a ensuite mangé par lui-même.
Dans les trois heures après l’injection de Caninsulin, la glycémie a commencé à bien descendre, jusqu’à 168 mg/dL à l’heure de l’injection du soir de Lantus, qui a été faite avec une dose augmentée (7,5 UI). Réhydratation à nouveau (50 mL) dans la soirée. Puff mange de façon autonome et est visiblement mieux. En fin de soirée, les cétones sont redescendues à 0,4 mmol/L. La nuit se déroule entre 130 et 230 mg/dL.
Vigilance durant les jours qui suivent, mais Puff est descendu dans des valeurs euglycémiques la grande majorité du temps. Reste à baisser progressivement la dose de Lantus maintenant que l’hyperglycémie et les cétones ne sont plus d’actualité (résistance à l’insuline).
Remarques
- Le dernier jour de son hospitalisation, Puff a reçu 5 UI de Caninsulin au lieu des 4 UI de Lantus qu’il recevait précédemment, l’équipe vétérinaire n’étant pas satisfaite des résultats avec cette dose de Lantus. Sous perfusion et en bon état clinique, Puff était descendu à 53 mg/dL avec cette dose de Caninsulin. Il y avait donc peu de risques d’hypoglycémie avec cette dose, la présence de cétones dans le sang et l’hyperglycémie marquée augmentant l’insulinorésistance.
- Le capteur FreeStyle Libre a eu de longues périodes où il donnait des erreurs de lecture. C’était donc précieux de pouvoir mesurer la glycémie manuellement par moments, même si c’était difficile. Le capteur a cessé de fonctionner au bout de quelques jours et il a fallu le changer. Le capteur est un outil de suivi génial, mais il y a des « mauvais numéros », donc il faut toujours en avoir un en réserve.
- L’utilisation d’un glucomètre pouvant mesurer la cétonémie permet un suivi plus immédiat des cétones. On les voit apparaître plus tôt dans le sang que dans les urines, ce qui permet d’agir rapidement, et on voit aussi leur diminution, qui confirme que la prise en charge fonctionne (il y aura peut-être encore des cétones dans l’urine à ce moment-là, vu que c’est par ce biais qu’elles sont éliminées).
- Puff a assez vite recommencé à manger, donc il n’a pas dû être gavé longtemps, ce qui était une chance vu qu’il n’y avait qu’une boîte de a/d hill’s à disposition. Il vaut mieux en avoir plusieurs.
- Il n’y a pas eu besoin de réinjecter le Caninsulin, mais cela aurait été fait si les valeurs étaient remontées durant la nuit.
- L’intervention extrêmement rapide du propriétaire de Puff a permis d’éviter l’installation des cétones et une dégradation de la situation.
- Un propriétaire de chat motivé, avec le bon équipement et le bon soutien, est en position d’assurer un suivi très intensif dans ce genre de situation, s’il supporte la pression. La réalité de l’hospitalisation en clinique vétérinaire ne permet peut-être pas toujours de suivre l’animal d’aussi près (autres cas en parallèle, disponibilité du personnel, moindre familiarité avec l’animal), mais les moyens mis en œuvre sont a fortiori accessibles à tout professionnel.
Matériel important
- Capteur FreeStyle Libre: Puff étant relativement peu aisé à tester à l’oreille, et le FreeStyle Libre donnant une surveillance 24/24 de la glycémie, il est convenu avec le vétérinaire de Puff de lui poser un capteur lors de son retour (+ un autre en réserve).
- Lecteur FreeStyle Libre (glucomètre): le capteur peut être scanné avec un smartphone ou un lecteur dédié. Ce lecteur a deux avantages: il peut être laissé avec le chat pour qu’une autre personne scanne le capteur, et il permet la mesure du taux de cétones dans le sang avec des électrodes dédiées. Avec un chat sujet aux cétones, les bandelettes urinaires ne suffisent pas car il faut attendre que le chat urine. Le lecteur FSL fait donc triple emploi: scan, glucomètre, cétonémie.
- Insuline Lantus: bien utilisée avec un suivi rapproché à domicile, cette insuline humaine « retard » permet souvent une régulation euglycémique; injectée en intramusculaire (IM) ou en perfusion IV, elle a une action rapide. Ici, le propriétaire de Puff disposait de Caninsulin utilisée en sous-cutané pour éviter une injection IM non maîtrisée.
- Seringues pour l’injection d’insuline: plus rapides et plus précises que le stylo (ce dernier doit être laissé 5 à 10 secondes dans le chat pour que l’insuline soit injectée).
- Pâtée Hill’s a/d et seringue pour gavage si nécessaire (en cas d’anorexie ou d’hypoglycémie)
- Nutri-Plus Gel pour gavage si nécessaire (hypoglycémie surtout, mais aussi utilisable en cas d’anorexie)
- Solution NaCl pour réhydratation sous-cutanée (va accélérer l’élimination des corps cétoniques s’ils apparaissent, à défaut d’une vraie perfusion)
- Anti-nauséeux: les cétones rendent nauséeux et coupent donc l’appétit → cercle vicieux, l’anti-nauséeux est donc utile pour tenter de redémarrer l’alimentation
En résumé, il faut
Pour le chat:
- une insuline humaine lente (Lantus ou Levemir idéalement)
- de quoi mesurer la glycémie (capteur ou glucomètre)
- de quoi mesurer les cétones dans le sang
- de quoi réhydrater en sous-cutané
- de quoi gaver le chat
- de quoi faire remonter la glycémie
- de quoi diminuer la nausée
Pour l’humain:
- de quoi rester éveillé

- des nerfs solides

Importance de la prévention
Dans la communauté de soutien Diabète Félin, nous constatons que le nombre de décès par acidocétose dépasse largement celui des hypoglycémies. Nous déplorons régulièrement des décès pour cause d’acidocétose (parfois plusieurs chats par semaine).
Nous constatons également que peu d’informations sont données sur la détection précoce de l’acidocétose par les vétérinaires, alors qu’elle peut être relativement simple (bandelettes urinaires et observation des signes cliniques).
Il est vrai qu’avec une insulinothérapie sans suivi à domicile, l’hypoglycémie est la plus grande crainte. Le dosage de l’insuline est souvent prudent, ce qui augmente le risque d’apparition de cétones. Leur détection précoce peut vraiment sauver des vies félines. ![]()