Hospitalisation : gérer les cas fréquents (acidocétose, hypoglycémie, pancréatite, triade)

:double_exclamation_mark: Si ce n’est déjà fait, consulte les documents en lien :

Ce document rassemble notre expérience spécifique et collective liée au diabète félin pour ce qui touche à l’hospitalisation.
Une hospitalisation est toujours stressante, et on peut vite se sentir perdu. Ce document est là pour t’accompagner.

Voici des situations fréquentes d’hospitalisation et leur prise en charge.


:one: Acidocétose diabétique (cétones)

Si ton chat est hospitalisé pour une acidocétose, ou si celle-ci menace (cétones présentes + état général dégradé), une prise en charge en soins intensifs est souvent nécessaire. Toutes les structures vétérinaires ne sont pas équipées pour cela (matériel, surveillance continue, expérience).

L’acidocétose est une complication grave du diabète félin. Elle est la cause n°1 de décès de chats diabétiques que nous rencontrons le plus souvent. La prise en charge est délicate, coûteuse, et – parfois par excès de prudence – pas toujours suffisante.

Les causes d’une acidocétose sont, globalement, cette combinaison :

  • insuline insuffisante ou injections manquées/ratées de façon répétée sur un chat mal stabilisé
  • pas assez de nourriture (anorexie, vomissements, rationnement ou accès impossible à la nourriture)
  • infection ou autre maladie : (infection urinaire, pancréatite, etc.), parfois asymptomatique (à faire vérifier !)

Pour en savoir plus : Cétones (corps cétoniques) et acidocétose

Principes de prise en charge

:double_exclamation_mark: :printer: À imprimer :
Protocole de prise en charge du diabète acidocétosique (DAC) d’Alfort, 2017

  • la perfusion est indispensable : elle permet d’éliminer les cétones et à réhydrater le chat
  • le chat doit manger ou avoir du glucose en perfusion : gavage, éventuelle sonde, ou simplement antivomitif + si nécessaire : stimulateur d’appétit (mirtazapine).
  • l’insuline doit être augmentée pour faire baisser la glycémie et stopper la production de cétones
  • le suivi des cétones dans le sang permet de surveiller l’évolution (glucomètre mesurant les cétones trouvable en pharmacie)
  • le potassium (K) doit être contrôlé dans le sang et complémenté si nécessaire

:warning: Points importants

Il existe souvent une réticence à augmenter l’insuline de façon « agressive » lors de l’hospitalisation par peur de l’hypoglycémie. Dans ce contexte, un sous-dosage prolongé empêche généralement l’amélioration.
Il faut parfois insister pour augmenter la dose – pour autant évidemment que les informations récoltées nous aiguillent dans cette direction.
:double_exclamation_mark: Tant qu’on n’augmente pas l’insuline et que le chat ne mange pas, cela ne va pas s’arranger !

Amélioration possible à domicile (selon cas)

:double_exclamation_mark: Parfois la situation stagne en hospitalisation et s’arrange avec une gestion musclée une fois de retour à la maison avec :

  • augmentation agressive d’insuline, sous surveillance rapprochée de la glycémie (idéalement avec un capteur FSL ou alors au glucomètre avec un bon stock de bandelettes) et de la cétonémie (taux de cétones dans le sang → prévoir aussi assez de bandelettes : 2-3 mesures par jour facilement)
  • hydratation en sous-cutanée (avec tubulure ou grosse seringue)
  • alimentation à la seringue (ex : pâtée a/d) → souvent le chat mange mieux à la maison
  • en option : anti-vomitif + mirtazapine pour aider à rétablir l’appétit

Prévois une ou deux nuits avec peu de sommeil… (généralement ça suffit).

:warning: Ce type de prise en charge à domicile n’est pas à la portée de tout le monde et nécessite le suivi rapproché de membres DF qui ont l’expérience de ce genre d’intervention !

:double_exclamation_mark: Prévention de l’acidocétose


:two: Hypoglycémie sévère

L’hypoglycémie sévère est rare lorsque l’insuline est ajustée progressivement et surveillée correctement comme nous le recommandons : Glycémie à domicile : utile ou superflu?
Elle est le plus souvent liée à des erreurs de dosage (par manque d’expérience quand on débute), notamment au début du traitement ou lors d’un changement de matériel : Seringues, graduations, unités, conversions, mesures

Une hypoglycémie sévère survient lorsque la glycémie baisse suffisamment pour priver le cerveau de glucose.
Pour en savoir plus : Hypoglycémie et faibles valeurs glycémiques : apprendre à les gérer.

→ Elle est généralement bien prise en charge en cabinet vétérinaire.
Le traitement repose sur :

  • apport de glucose (souvent par perfusion)
  • surveillance rapprochée de la glycémie
  • maintien du chat en sécurité jusqu’à stabilisation

:double_exclamation_mark: Points importants

Si un surdosage accidentel est suspecté

Il est très utile de préciser :

  • combien d’unités ont été injectées
  • à quelle heure
  • combien de fois
  • quelle insuline a été utilisée

Si possible, prends une photo de la seringue utilisée avec le piston resté à la position de dose.

Le glucose en perfusion

Même si la glycémie remonte haut temporairement, ce n’est généralement pas le problème prioritaire immédiat. L’objectif urgent est de corriger l’hypoglycémie !
La glycémie doit être surveillée pour s’assurer que la quantité de glucose donnée dans la perfusion est suffisante (la glycémie doit remonter suffisamment).

Reprise de l’insuline

On ne redonne pas d’insuline tant que le chat n’est pas stabilisé et que la glycémie n’est pas redevenue satisfaisante. Une sensibilité accrue à l’insuline peut exister chez le chat après un épisode hypoglycémique.

Attention aux insulines à dépôt

Avec les insulines dépôt (Lantus, Levemir, Basaglar, Toujeo…), l’effet peut durer longtemps, surtout en cas de surdosage. Il est possible que la glycémie remonte dans un premier temps après l’intervention, mais qu’elle redescende plus tard sous l’effet du dépôt → important de signaler ceci au vétérinaire s’il n’a pas l’habitude de ce type d’insuline !

Si ce n’est pas un surdosage accidentel

Il va falloir évidemment réduire la dose d’insuline pour la suite et donc contrôler la glycémie pour ajuster cette dose et éviter une nouvelle hypoglycémie : Je mesure la glycémie moi-même à la maison

:warning: Pense aussi à une rémission débutante non repérée.

Si ce n’est pas expliqué par l’insuline

Si ton chat est habituellement bien suivi (dosage progressif, surveillance de glycémie rapprochée) et présente brutalement convulsions, malaise ou signes ressemblant à une hypoglycémie, il faut aussi envisager d’autres causes :

  • crise neurologique
  • thrombose
  • épilepsie
  • autre maladie aiguë

→ surtout si les valeurs mesurées lors de la crise n’expliquent pas son état. Parfois le diabète est l’arbre qui cache la forêt et la crise d’« hypoglycémie » n’en est pas une.

:double_exclamation_mark: Prévention de l’hypoglycémie


:three: Pancréatite

Le pancréas est l’organe qui produit l’insuline. Il n’est donc pas rare de voir des chats diabétiques souffrir de pancréatite, ou à l’inverse une pancréatite favoriser l’apparition d’un diabète.

La pancréatite est souvent une maladie de vieux chats qui peut être :

  • chronique ou subclinique (sans symptômes),
  • aiguë → elle se révèle sous forme de crise : vomissements, arrêt de l’alimentation, abattement, douleur.

Nous observons fréquemment des pancréatites, avec des degrés de gravité très variables.

:double_exclamation_mark: La pancréatite peut être longue et compliquée à soigner, et nous voyons régulièrement des prises en charge avec hospitalisation qui ne sont pas très concluantes.
Les membres DF dont les chats sont sujets à pancréatite gèrent généralement cette maladie à la maison, avec l’arsenal pharmacologique approprié.


Diagnostic

La pancréatite est difficile à diagnostiquer.

Les examens les plus utilisés sont :

  • prise de sang Spec fPL/SNAP fPL (préférer le dosage Spec fPL au test SNAP fPL, qui lui est plus rapide, moins cher mais moins fiable : risque de faux négatifs ) ;
  • échographie abdominale.

:warning: L’échographie dépend beaucoup de l’expérience de la personne qui l’interprète.


Quand hospitaliser ?

L’hospitalisation est surtout utile si ton chat :

  • refuse de manger ;
  • vomit ou ne garde rien ;
  • est déshydraté ;
  • est très abattu ;
  • présente des cétones ;
  • ne peut plus recevoir ses médicaments à la maison.

L’hospitalisation permet d’agir sur trois axes principaux :

  1. Perfusion : pour corriger la déshydratation et administrer les traitements.

  2. Antivomotifs :

    • Cerenia (souvent préféré au Métoclopramide, car l’effet est antalgique) ;
    • Mirtazapine / Mirataz pour relancer l’appétit.
  3. Antidouleurs :
    Une pancréatite est douloureuse. Il ne faut pas négliger cet aspect.
    Traitements souvent utilisés :

  • Buprénorphine (Bupaq)
  • Gabapentine

:warning: Le Metacam injectable n’est pas suffisant et comme il se donne par voie orale, pas forcément idéal pour l’estomac déjà malmené.

→ L’objectif principal de l’hospitalisation pour pancréatite : refaire manger le chat

Le vrai tournant est souvent le moment où le chat recommence à manger seul.
Une fois cela obtenu, la suite du traitement peut souvent se poursuivre à la maison.


Et l’insuline ?

Le diabète continue pendant la pancréatite : l’insuline doit donc généralement être poursuivie.

La dose peut nécessiter des adaptations selon :

  • glycémie ;
  • quantité mangée ;
  • vomissements ;
  • état général.

:warning: Si ton chat ne mange pas ou vomit, surveille aussi les cétones.


Et si mon chat ne mange toujours pas ?

C’est fréquent à cause :

  • du stress
  • de la douleur
  • des nausées
  • de la maladie elle-même

Si ton chat ne garde rien

Si ton chat vomit tout ce qu’il mange ou boit, la priorité est de le stabiliser :

  • antivomitif en perfusion ;
  • réhydratation par perfusion ;
  • glucose dans la perfusion si nécessaire ;
  • et, selon la situation, mise en place d’une sonde d’alimentation.

Si malgré les soins ton chat ne remange pas, 2 solutions :

1. Nourrissage assisté

2. Sonde œsophagienne

Cela peut impressionner, mais c’est souvent une excellente solution temporaire et une petite intervention chirurgicale (évite que la situation se dégrade) :

  • permet de nourrir correctement (aliment « normal » mixé) ;
  • facilite les médicaments ;
  • évite la dégradation liée au jeûne ;
  • peut rester plusieurs semaines si besoin.

Elle est souvent mieux tolérée qu’on ne l’imagine.

Quelle alimentation par sonde ?

On utilise souvent une alimentation vétérinaire de type gastro-intestinal, ou une ration adaptée validée par le vétérinaire.

Quelques points pratiques :

  • la nourriture doit être bien mixée pour éviter de boucher la sonde ;
  • ne pas trop diluer (eau), sinon le volume à administrer devient trop important (au début, une texture un peu plus liquide peut aider le temps de prendre le geste et d’habituer le chat).

→ Le vétérinaire t’indiquera la quantité à donner et à quelle fréquence.


Retour à la maison (post hospitalisation) : matériel utile

Voir aussi section « retour à la maison » du document : Hospitalisation : mise à jeun et insulinothérapie en vue d'une anesthésie ou d'un examen

Petit moyen simple pour vérifier que tu repars du vétérinaire avec l’essentiel pour gérer une pancréatite à la maison : DNA
Merci à notre membre : Laurence Mamin

Lettre Point clé À retenir Signes fréquents Aides / traitements
D Douleur La pancréatite est douloureuse. Chez le chat, la douleur peut être discrète et peu visible, y compris à l’examen vétérinaire. S’isole davantage, devient moins sociable, réagit différemment quand on le porte, posture inhabituelle pour dormir, reste figé ou prostré. Autres indices : vomissements, troubles du transit, perte d’appétit. La douleur doit être prise en compte. Antalgiques/antidouleurs selon prescription vétérinaire.
N Nausée Un chat peut être très nauséeux sans vomir. Le manque d’appétit n’est pas toujours lié au « caractère du chat ». Va à la gamelle puis repart, renifle ou lèche la nourriture sans manger, se lèche souvent les babines hors repas, déglutit de façon forcée. Anti-nauséeux : Cerenia, Zofran (plus utilisé en Amérique du Nord, moins en Europe).
A Appétit Une fois douleur et nausée mieux contrôlées, il faut souvent aider le chat à remanger. Refus de manger, mange peu, perte d’intérêt pour la nourriture. Stimulant d’appétit : Mirtazapine (comprimé ou pommade auriculaire).

Autres traitements parfois nécessaires, selon la situation :

  • Oméprazole ou autres IPP (à voir, s’il vomit des sucs gastriques) ;
  • antibiotiques (Métronidazole par exemple) ;
  • probiotiques (Fortiflora ou bonnes expériences avec VSL3 → attention dosage) ;
  • constipations/diarrhée : psyllium ou autre → Mon chat est constipé, que faire ? (Q. 23)
  • complémentation en potassium ;

Voir aussi : Mon chat a une pancréatite, que faire et les extraits pancréatiques sont-ils utiles ? (Q. 22)

Sans oublier :

  • glucomètre ;
  • bandelettes cétones ;
  • alimentation adaptée ;
  • seringues de nourrissage si besoin.

:double_exclamation_mark: À retenir

Pour beaucoup de chats atteints de pancréatite, bien gérer Douleur + Nausée + Appétit change réellement la situation. C’est souvent la base de la reprise alimentaire et de l’amélioration.


:four: Cas particulier : triade féline

L’anatomie du chat ouvre la porte à une complication qui s’appelle la « triade féline », dans laquelle en plus de la pancréatite, les voies biliaires (ou le foie ou la vésicule) ainsi que le haut du tube digestif (le duodénum) sont aussi touchés.

Cela peut compliquer la prise en charge et nécessiter des traitements complémentaires.

à compléter : immunomodulateur « Ursochol »

:warning: Prévention / vigilance

Si ton chat diabétique vomit régulièrement, mange moins ou semble inconfortable, sans autre cause claire :
→ demande à ton vétérinaire un dosage Spec fPL pour ne pas passer à côté d’une pancréatite.

à compléter : Première courbe de glycémie après le diagnostic : courant mais pas nécessaire (une simple courbe ? chat sous perf ou pas ? alerte ou en bonne forme ?)