Beaucoup de propriétaires de chats s’inquiètent quand la dose d’insuline augmente.
Certains vétérinaires parlent (parfois un peu trop rapidement) de « résistance à l’insuline », d’« insulino-résistance » ou de « dose maximale atteinte ».
En réalité :
- il n’existe pas de dose maximale d’insuline qu’on puisse donner
- chaque chat reçoit la dose dont il a besoin pour faire baisser la glycémie
- certains chats seront bien régulés autour de 1 UI et d’autres auront besoin de 10, 20 UI ou davantage (parfois, avant de redescendre).
Voir un chat à 12 ou 20 UI peut impressionner. Mais ce n’est pas la dose qui compte :
- c’est la bonne régulation du diabète, la sécurité, et le suivi adapté.
Résistance à l’insuline : qu’est-ce que ça veut dire exactement ?
C’est très fréquent chez les chats diabétiques. Ce n’est pas une condamnation, ni un échec → cela n’empêche ni la régulation, ni la rémission.
On peut souvent améliorer la situation avec :
- une dose adaptée
- une meilleure insuline
- la perte de poids
- le traitement d’un problème sous-jacent
- le suivi de glycémie à domicile
La bonne dose n’est pas « petite » ou « grande » :
la bonne dose est celle qui fait baisser la glycémie en sécurité.Voir aussi : Mon chat fait de la résistance à l’insuline, qu’est-ce que ça signifie ? (Q. 13)
Vidéo : « Chat résistant à l’insuline : ce n’est pas grave ! »
À partir de quand parle-t-on de hautes doses ?
Ce n’est pas une règle stricte, mais en pratique :
- à partir de 4 à 5 UI : on commence à trouver que c’est « beaucoup d’insuline »
- autour de 10 UI et plus : on entre clairement dans les hautes doses
Est-ce dangereux de donner beaucoup d’insuline ?
Non. Une dose élevée n’est pas automatiquement plus dangereuse qu’une petite dose. De plus, l’insuline injectée sera soit utilisée, soit rapidement dégradée et éliminée sans conséquences. C’est une molécule plutôt fragile.
Ce qui compte avant tout pour la sécurité, c’est :
- l’observation des signes cliniques : hypoglycémie
- la surveillance à domicile (glycémie + cétones)
- l’ajustement progressif des doses
- utiliser les bonnes seringues
Un chat qui a besoin de 12 UI n’est pas « plus en danger » qu’un chat qui a besoin de 2 UI.
Pourquoi certains chats ont besoin de beaucoup d’insuline ?
1. La glucotoxicité
Quand la glycémie reste élevée longtemps, le corps du chat répond moins bien à l’insuline.
→ Il faut parfois augmenter temporairement les doses pour casser ce cercle vicieux.
Une fois la glycémie améliorée, les besoins en insuline peuvent parfois redescendre rapidement.
2. Le surpoids / obésité
Le tissu graisseux favorise la résistance à l’insuline. Faire perdre du poids au chat peut parfois beaucoup aider : Mon chat doit perdre du poids : comment faire ? (Q. 21)
3. Une autre maladie en parallèle
Certaines maladies augmentent les besoins en insuline :
- infection (urinaire, dentaire, etc.)
- pancréatite
- hyperthyroïdie
- maladie rénale
- inflammation chronique
- traitements à la cortisone
- acromégalie
- syndrome de Cushing (plus rare)
4. Le stress
Le stress peut faire monter la glycémie et compliquer la régulation. D’où l’intérêt de limiter ce stress et de mesurer la glycémie soi-même à la maison.
Quelle insuline privilégier en hautes doses ?
Petit point budget et praticité
Quand les doses augmentent, le principal changement est souvent… la consommation d’insuline. Cela peut peser sur le budget, surtout avec certaines insulines plus coûteuses (comme ProZinc en France).
C’est pourquoi les insulines humaines comme Lantus ou Levemir, plus concentrées (x 2,5) que Prozinc ou Caninsulin, peuvent devenir plus pratiques et plus économiques en hautes doses : Budget indicatif d’un chat diabétique
Lorsqu’on commence à administrer 5-10 UI d’insuline :
De façon générale, Lantus et Levemir sont plus performantes que Caninsulin et Prozinc. De plus, Lantus ou Levemir présentent un profil d’action plus plat, idéal pour les situations de hautes doses : Changer d’insuline : passer à Lantus / Levemir
Quand les doses deviennent très importantes (à partir de 20 UI) Toujeo peut être utile :
C’est la même molécule que Lantus (glargine), mais 3 fois plus concentrée (U-300 au lieu d’U-100). Le volume à injecter est donc trois fois plus petit.
→ voir section « cas particulier : Toujeo » dans le fichier sur les seringues : Seringues, graduations, unités, conversions, mesures
Les paliers d’ajustement de dose changent aussi
Quand les doses montent, on augmente aussi les paliers d’injection.
Les paliers d’augmentation (et de réduction) généralement utilisés sont les suivants :
| Dose administrée | Palier d’ajustement (augmentation / réduction) |
|---|---|
| < à 4 UI | 0,25 UI |
| 4 UI à ~10 UI | 0,5 UI |
| 10 UI à 20 UI | 1 UI |
Au-delà : ajustement selon l’évolution de la glycémie avec les paliers précèdents
Les paliers dépendent de la glycémie → si elle reste en permanence au-dessus de 400 mg/dL on va augmenter bien plus vite.
Important : certains chats montent… puis redescendent
Un chat peut monter à haute dose pendant un temps, puis redescendre fortement une fois régulé → Cela arrive notamment après correction de la glucotoxicité.
Une haute dose n’est donc pas toujours définitive.
Voir aussi la section « toboggan : baisse rapide des besoins en insuline » du fichier suivant : Rémission et microdosage
Focus : l’acromégalie
Qu’est-ce que c’est ?
L’acromégalie est une maladie (qui existe aussi chez l’humain) causée par une petite tumeur bénigne de l’hypophyse.
Cette tumeur produit trop d’hormones de croissance, ce qui provoque :
- une forte résistance à l’insuline
Le chat peut alors avoir besoin de doses impressionnantes.
Comment la suspecter ?
On y pense souvent quand :
- les doses et les besoins en insuline augmentent fortement
- la glycémie reste difficile à contrôler
Des changements physiques peuvent également être observés : élargissement de la mâchoire, des pattes, du crâne…
Diagnostic
Généralement :
- dosage IGF-1 (
faux négatifs → demande-nous : On s'entraide) - imagerie (scanner / IRM) pour confirmer
Traitement
Selon les cas :
Option 1 : gérer avec l’insuline
Beaucoup de chats vivent correctement ainsi.
Option 2 : traitement spécialisé
- radiothérapie
- chirurgie (hypophysectomie)
→ se poser la question de la nécessité de ces interventions, en raison de :
- leur coût (plusieurs milliers d’euros),
- la lourdeur pour le chat (plusieurs semaines d’hospitalisation, souvent loin du domicile sans possibilité de visite) et pour l’humain,
- risques médicaux inhérents à ce type d’intervention.
Retours d’expérience :
- En mars 2022, deux chats de membres DF ont été opérés avec succès (hypophysectomie), avec toutefois des complications.
- En 2023, quelques chats étaient sous traitement Cabergoline / Finilac (article relatif à la question ici ).
Quand demander de l’aide ?
Si ton chat :
- dépasse plusieurs UI avec glycémies toujours hautes
- monte vite en dose
- reste très instable
- boit énormément
- maigrit malgré l’insuline
- semble mal en point
Poste ton tableau de suivi avec tes courbes pour être accompagné : On s'entraide
Quelques exemples de chats hautes doses
* Goliath, monté à 18ui avril 2020 avant de redescendre à moins de 2ui un an plus tard [Goliath de Myriam LANTUS](https://docs.google.com/spreadsheets/d/1zWyX4V8hGzHRfv-6gRZzSssfXy_rkyHEhgeftaAAtKU/edit#gid=824107065) (onglets 2020 et 2021, malheureusement décédé en été 2021) * Goudi, monté à 75ui avril 2021 (suivi par le Dr Dan Rosenberg), radiothérapie puis hypophysectomie https://docs.google.com/spreadsheets/d/1LtkUhc861aeu5ChtZRMynbJVX3xJXhNweB7JZNoD-2E/edit#gid=271195936 * Herminie, montée à 70ui août 2020 avant hypophysectomie (aussi suivie par Dr. Rosenberg) https://docs.google.com/spreadsheets/d/1ipA3CtESwGbQyz4vKkqt9TlIj554thwzvWz2_kD1WwM/edit#gid=1331195481 * Ygerne, régulation euglycémie à environ 160ui (mars 2022) https://docs.google.com/spreadsheets/d/1SoAS8cVXYf3H4Vk0O8RkJr_w20bGIduIt-dq7K0gjps/edit * Pig, du forum FDMB, régulation euglycémique visible en avril 2018, autour de 50ui complété par actrapid https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vQGV9e0p8vMvMF9750UulhueUaBge_y1bfA2czvdNbIFyvQoWqyMa_uaWaZsEAzXuWuXxyq0WVjB9RG/pubhtml (onglet 2018)Ressources utiles
Vidéos :
[Les hautes doses d’insuline](https://www.facebook.com/groups/ChatDiabetique/permalink/640386686414182/) : un chat a besoin d’autant d’insuline que ce dont il a besoin
Pas de dose maximale (basée sur le poids ou autre). Tests pour la sécurité. Toujours augmenter en fonction du nadir. Casser la glucotoxicité. Augmentation de dose puis dégringolade. Comment réagir quand on a une valeur pré-injection basse. On peut toujours augmenter. Lantus/Levemir versus Caninsulin.
[Les hautes doses d’insuline II, résistance, acromégalie](https://www.facebook.com/groups/ChatDiabetique/permalink/903605703425611/) : pourquoi elles ne sont pas plus dangereuses qu’une petite dose. Pourquoi certains chats ont besoin de doses impressionnantes.
Une histoire de chat « haute dose » et un article sur l’acromégalie