Acidocétose, peur, apprentissage : le début du diabète d’Yngwie

Témoignage de Anne-Sophie (2020)


Je suis entrée dans le diabète par la porte de l’acidocétose.

C’était au moment de Noël et c’était déjà un Noël très difficile, le premier où la chaise de mon père allait rester vide.

Yngwie avait présenté des signes avant-coureurs qui n’avaient pas alarmé le vétérinaire.

Le 21 décembre, j’ai préparé les valises, j’y ai glissé le dossier médical complet d’Yngwie, « on ne sait jamais », puis nous sommes partis.

Le 22 décembre, j’ai fait admettre Yngwie en urgence à la clinique vétérinaire du Siala.

Quand le diagnostic est tombé, j’avais envisagé tous les scenarii les plus noirs, et ma première réaction a été « Un diabète, c’est tout ? Cool ! Quel soulagement ! »

Mais j’ai vite compris que ce n’était pas cool du tout! :expressionless_face:

Pas cool, parce que déjà, il y avait l’acidocétose.

Je suis allée voir mon chat à la clinique tous les jours, matin et soir. On me recevait gentiment, me mettait dehors tout aussi gentiment. Je m’asseyais dans un petit coin de sa cage et prenais Yngwie sur mes genoux ; Yngwie qui ne réagissait pas, à ma voix, à mes caresses, qui était glacé (hypothermie → 33,7°C). Je le suppliais de s’accrocher et de rester avec moi mais Yngwie était presque mort.

Pas cool parce que j’ai tout de suite fait des recherches.

En tombant sur un forum consacré au sujet, j’ai réalisé que j’allais devoir injecter de l’insuline, et qu’il n’y avait aucune alternative. Que ce serait 2 fois par jour, à 12h d’intervalle. Que j’allais devoir contrôler sa glycémie, parce que ce serait bien mieux comme ça. Qu’il y avait l’acidocétose, mais qu’il y avait aussi l’:police_car_light: Hypoglycémie et faibles valeurs glycémiques : apprendre à les gérer, et que la vie de mon chat était entre les mains d’une pauvre petite nana qui se sentait infichue d’assurer ce suivi correctement: moi.

C’est là que ça devient étrange, parce que c’est là que je commence à avoir des « traces écrites » de cette période.

Je suis en effet arrivée sur DF 6 jours après la sortie de clinique d’Yngwie. Clinique qui m’a donné explications et indications, mais le vétérinaire traitant n’allait être vu qu’au retour de vacances, aussi me sentais-je un peu en « roue libre » - ce qui explique que je ne parle pas beaucoup de vétérinaire ici. Je suppose que j’avais besoin d’infos concrètes, de savoir quoi faire et comment le faire. Le but était simple: empêcher mon chat de mourir.

Dernièrement j’ai relu ma toute première publication sur le groupe (si vous commencez à avoir un peu de bouteille sur DF, faites-le, c’est drôle !).

Le 2 janvier au matin, j’indiquais sur ma publi d’accueil que j’allais surtout fouiller et peu participer, et le même jour à 16h35 je postais une première publi longue comme le bras avec plein de questions. :sweat_smile:

Si vous me demandez, je vais vous dire qu’au début de la gestion du diabète d’Yngwie j’étais anéantie, stressée par tout, et je vous parlerai des larmes versées, y compris devant les vétérinaires, des essais traumatisants de dextros.

Pourtant quand j’ai relu mes débuts sur DF je me suis surprise moi-même tellement j’étais à fond: je parlais de prendre la glycémie comme s’il ne pouvait pas en être autrement, et je décrétais à mon arrivée que « le tableau était super et que j’allais l’emprunter » - tableau rempli et publié quelques heures après.

Alors voilà, je voulais juste apporter mon témoignage pour vous dire qu’en fait, j’assure un max.

(non, je blague)

Ce que je tiens à dire, je crois, au-delà d’apporter un témoignage sur mes débuts dans le groupe, c’est qu’on peut être terriblement stressé, choqué, en total manque de confiance en soi par rapport à la gestion du diabète, et pourtant, « assurer » effectivement. Se sentir extrêmement fragile et, tout occupé qu’on est à se dire que c’est trop dur, qu’on n’a pas et qu’on n’aura jamais la force, ne même pas se rendre compte qu’on est déjà sur le champ de bataille en train de dérouiller tout le monde.

Il n’y a pas forcément un moment particulier où on se sent fort, où « Eye of the Tiger » retentit et où on se lève en se disant qu’aujourd’hui, c’est le jour où on va botter des culs. Je n’ai pas connu un tel moment. J’aimerais utiliser des mots comme « je me suis redressée », « j’ai relevé la tête », « j’ai décidé de me battre », mais, même si je l’ai fait apparemment, à aucun moment je n’ai concrètement ressenti ça. J’ai juste eu la sensation de beaucoup angoisser, de fuir, la peur au ventre, le spectre de l’acidocétose qui continuait à planer, de redouter celui de l’hypoglycémie, et de galérer, galérer, en me sentant mi-looseuse mi-boulet auprès de mon chat qui sursautait dès qu’une aiguille l’effleurait… puis de galérer un peu moins… Puis de me dire qu’en fait, là, ça roulait plutôt bien.

Le stress et l’angoisse qu’on ressent sur le groupe peuvent être en partie générés par le fait qu’on ne fait que regarder l’objectif, qui nous paraît si loin, si dur à atteindre ; et en attendant on ne se rend absolument pas compte de tous les petits pas qu’on fait au quotidien et qui nous en rapprochent. Une dextro ou une injection ratées ce sont autant de choses qui nous apprennent « comment il ne faut pas faire », qui nous poussent à nous demander « comment être plus efficace », et ça n’en donne pas l’impression, mais ça nous fait avancer aussi dans la bonne direction.

Je vois ici beaucoup de gens qui déploient une force, une énergie énormes et vont chaque jour un peu plus loin pour sauver leur chat, sans s’en apercevoir le moins du monde. Vous verrez que dans quelques temps vous regarderez en arrière et vous serez étonnés des limites que vous avez repoussées, du courage dont vous avez fait preuve et de l’ardeur que vous y avez mise.

On ne va pas se mentir, l’arrivée dans le groupe est souvent mal vécue (contexte de « choc du diagnostic », et tant de choses à apprendre, à mettre en place, un stress en cache un autre et ça semble ne jamais finir).

Mais la dimension humaine est aussi tellement forte qu’on le surpasse.

Les membres du groupe ont sauvé Yngwie et m’ont sauvée moi aussi, en ayant le courage de lire mes écrits interminables jusqu’au bout déjà! :sweat_smile:

Par tous les conseils et les explications - j’avais besoin de comprendre pourquoi on faisait ceci et pourquoi on ne faisait pas cela ; c’est ce qui me permet d’être autonome aujourd’hui.

Par la bienveillance, le soutien, les encouragements, la gestion du stress ; je me rappelle notamment des premières réponses de @stephtara qui m’aidaient justement à lâcher des yeux le « suivi parfait » - une barre à ce moment-là beaucoup trop haute pour moi - pour décortiquer ça en petites étapes qui, progressivement, m’y amèneraient.

Par les témoignages et les petits mots des gens qui, comme moi, arrivaient dans le groupe ; je constatais que nous étions dans le même état, que ce n’était pas moi qui n’était « pas assez courageuse » ou « pas assez forte », qu’on était tous dans le même bateau (nouveaux arrivés, même si vous croyez que « ça ne fait pas avancer le schmilblick », laissez-vous des petits mots entre vous pour vous soutenir et partager vos ressentis, ça fait tellement de bien…)

Bref.

Sans DF,je passerais moins de temps devant l’écran je crois que je ne serais pas aussi fière de moi, de mon chat, ni aussi confiante dans le fait qu’Yngwie a des chances de ne pas mourir de son diabète.
La route du suivi à domicile peut paraître longue, mais soyez sûr(e)s que chaque jour vous avancez, même si vous ne vous en rendez absolument pas compte. Certes, l’ennemi est bien sournois et ne doit pas être sous-estimé, mais essayez de rester patient(e)s et bienveillant(e)s avec vous-même.


À l’origine, ce témoignage a été partagé par son auteur sur notre groupe Facebook DF. Il est repris ici à des fins d’archivage et de mise à disposition dans la catégorie Témoignages, afin de faciliter l’accès à certains retours d’expérience pour les membres.
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Merci à toutes les personnes qui ont accepté de partager leur expérience. Ces témoignages sont précieux et peuvent réellement aider d’autres personnes. :heart_hands: