Faire une place à l’absence

Témoignage de Anne-Sophie (2022)


En ce 1er Novembre, je lance une publication un peu spéciale sur le deuil.

Il y a quelques années, j’ai acheté un livre de Sophie Calle : Que faites-vous de vos morts?. Cette question a été posée aux visiteurs d’une de ses expositions, qui y ont répondu dans le livre d’or dédié. Je trouve que c’est un super bon bouquin, mais je trouve que c’est surtout une SUPER BONNE QUESTION…

Les réponses sont multiples ; chacun ses rituels, chacun ses petits « trucs » pour surmonter, intégrer les morts à nos vies, se souvenir…

J’ai fait beaucoup de choses pour tenter d’intégrer ce nouvel « état » d’Yngwie (à la fois cruellement absent et présent partout et tout le temps).

Ça a été un parcours plein de frustrations, car à la fin de l’entreprise, je me rendais immanquablement compte que cela ne changeait rien, qu’Yngwie était toujours mort… La sensation d’une gifle à chaque fois ; je ne pouvais décidément pas accepter ça.

Je ne sais pas si ces choses m’ont aidée; ce que je peux dire c’est qu’elles font désormais partie de mon quotidien et je crois que même si Yngwie me manque encore, même si je le pleure encore, grâce à elles, Yngwie reste présent dans ce « nouvel état » (tout en étant bel et bien mort), d’une manière qui reste « juste » pour moi, qui me fait du bien et qui me permet désormais d’accéder à une forme de joie.

Je vous en partage quelques-unes aujourd’hui. Et j’espère qu’en commentaire, vous me partagerez les vôtres ! :slightly_smiling_face: :smiling_face_with_three_hearts:

:right_arrow: J’ai acheté un pendentif-boîte que j’ai rempli avec quelques-uns des poils de mon Yngwie (récupérés après rasage pour pose du FSL). Je le porte sur moi quasiment en permanence. Je l’ai vidé, une fois, à un endroit où j’avais vécu un petit moment de grâce. Il est resté vide quelques temps puis j’ai éprouvé le besoin de le re-remplir avant de partir en vacances, pour garder un bout d’Yngwie avec moi.

:right_arrow: J’ai décidé que mon Inktober 2021 serait un Yngtober et que je ferais un dessin par jour sur Yngwie, ou pour exprimer quelque chose vis-a-vis de sa mort. J’ai très vite abandonné. C’était à la fois trop violent et incompatible avec le peu d’énergie que me laissaient les symptômes de dépression.

:right_arrow: Je suis partie pendant 3 jours, fabriquer un tambour dans lequel j’ai voulu « matérialiser » Yngwie ; j’y ai notamment inséré une gravure qui le représente. L’ « accompagnateur » n’était pas d’accord avec ma démarche, il m’a forcée à la faire évoluer: ça a été un week-end très violent où j’ai chialé pendant 3 jours et exprimé beaucoup de colère, mais ces 3 jours m’ont, je crois, fait passer un cap (et j’ai eu la chance d’être entourée d’un groupe fantastique).

Mon tambour fait exactement le son que j’avais imaginé, et pendant longtemps je l’ai détesté, ce son, qui venait me chercher là où ça faisait si mal. Il a fallu que je me sente plus apaisée pour parvenir à l’apprécier. Aujourd’hui, ce son m’apaise, me fait du bien. C’est mon tambour-Yngwie mais évidemment ce n’est pas Yngwie.

:right_arrow: J’ai dressé un « autel des morts » à la maison; Yngwie y a bien sûr sa place. Personnellement j’aime le fait que mes morts fassent partie de mon quotidien (il me semble que ça enlève notamment la lourdeur des dates anniversaires). Et j’aime l’idée que mes morts soient vus par tous ceux qui viennent chez moi – le tabou de la mort étant incompréhensible pour moi. J’aime le fait qu’ils existent, tout simplement.

:right_arrow: J’ai préparé tout ce qu’il faut pour faire un album photo… Que finalement je n’ai pas commencé. Je crois que ce n’est pas plus mal qu’il n’ait pas été créé dans la douleur; c’est encore à faire et ce sera sûrement encore une autre étape à franchir.

:right_arrow: Bien sûr il y a la tombe. Mais c’est ma mère qui en est la gardienne (j’aime recevoir des photos mais ça a peu d’incidence dans mon quotidien à moi).

Je ne suis même pas sûre que cette liste soit exhaustive… (il y a eu par exemple l’idée d’un tatouage, que finalement je n’ai pas fait, mais une chose extraordinaire a eu lieu: par la magie d’une griffure de chat, je me suis retrouvée avec sur le bras une cicatrice en forme de Y !!! :weary_cat: :smiling_face_with_three_hearts:

Mais on va dire que c’est, principalement, ce que j’ai décidé de faire d’Yngwie après sa mort.

Je vous laisse sur une vidéo sur le deuil, que je trouve personnellement géniale, qui m’a aidée à comprendre pourquoi j’avais l’air d’être en stress post-traumatique (alors que j’étais probablement « simplement » en deuil):

→ le gars prévient ne pas faire une vidéo empathique mais le simple fait qu’il reconnaisse clairement la violence de l’évènement fait que c’est une vidéo qui fait du bien, je trouve.

Et je vous pose la question: que faites-vous / qu’allez-vous faire de vos petits chats morts?

J’aimerais beaucoup avoir vos retours. (un « rien » est aussi une bonne réponse).

Je vous embrasse,

Anne-Sophie


À l’origine, ce témoignage a été partagé par son auteur sur notre groupe Facebook DF. Il est repris ici à des fins d’archivage et de mise à disposition dans la catégorie Témoignages , afin de faciliter l’accès à certains retours d’expérience pour les membres.
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